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Black Friday: le crépuscule de la civilisation

“Ne manquez pas notre méga solde du Vendredi noir dès mercredi”

Quelle est l’erreur dans cette phrase?

“Euh… Vendredi noir, c’est un calque de l’anglais, il faut dire vendredi fou?”.

Ah ben ben, r’garde le fin finaud. Ga-lé! Le vendredi du mot en N, tant qu’à y être!

Ça me fait penser… au Québec, comment t’appelles ça un Vendredi noir dans un parc? Un faux ami.Parce que c’est vrai que c’est sémantiquement inapproprié. Parce qu’en français, on associe le noir à quelque chose de tragique.

Le Vendredi noir donc, ça enlève de l’éclat au lundi de la matraque, au sunday bloody sunday pis au méchants mardis Molson ex…

Ça l’air que ce n’est pas assez sombre pour qu’on l’appelle Vendredi noir. Pourtant le Black Friday, c’est le crépuscule de la civilisation occidentale. Le plus pathétique exemple de notre asservissement au capitalisme qui broie nos âmes.

Ouille ouille ouille, ça fesse cette phrase-là.

Dans ta face Fred Dubé!

Je recommence: “Ne manquez pas notre méga solde du Vendredi noir dès mercredi”

Quelle est l’erreur dans cette phrase?

Ben l’erreur, ma gang d’analphabètes temporels, c’est qu’un vendredi, ça ne peut pas être un mercredi. Après les jeudredis, les mercredredis? Non merci!

C’est rendu que le Vendredi fou dure plusieurs jours. Canadian Tire, ça fait deux semaines que c’est leur semaine du Vendredi fou. J’ai l’air d’avoir inventé ça pour faire de l’esbroufe, pour vous faire réagir, pour vous faire sortir de votre torpeur apathique avec de la petite bave qui coule à la commissure du pourtour. Mais non, c’est littéralement ça. 

Et j’utilise littéralement le mot littéralement comme du monde.

Deux semaines de Black Friday.

Pis ça c’est avant. Parce qu’il y a aussi l’après-Black Friday et le post-cyberlundi qui durent deux semaines aussi. Dans pas long, l’après Black Friday va rejoindre le pré-Boxing Day.

Il n’y a personne qui se rend compte à quel point c’est ridicule?

Allo?

C’est comme si on faisait le dimanche de Pâques un mardi. C’est comme écouter «Samedi et rien d’autre» le mercredi en balado! C’est comme fêter Noël le 20 décembre ! Eille! Y’est pas encore né bébé Jésus !

Ce qui est fou du vendredi fou aussi, c’est qu’on magasine déjà comme des déchaînés pendant 30 jours avant Noël. Mais eux autres ils se sont dit: crime, faudrait peut-être insister pour pas que les gens oublient de consommer. D’un coup ils n’ont pas vu nos guirlandes où ils n’ont pas entendu nos abrutissantes ritournelles de Noël.

Et nous autres, comme des innocents, on tombe dans le piège des prétendus méga soldes.  On continue, jour après jour, année après année. Enweille Keven, continue comme ço.

Ben si on continue comme ço, on viendra jamais à bout de la surconsommation, de la pollution ou pire, des conseils de Pierre-Yves McSween. Donne-nous pas un indice, McSween, donne-nous un BREAK.

C’tu ça qu’on veut comme société? Même pu besoin de se forcer pour nous entuber. Nos cerveaux sont prélubrifiés. 

Ils se sont donc dit: on va ajouter le cyberlundi à travers ça. C’est quoi d’ailleurs ce nom-là, cyberlundi.  Un lundi virtuel? Le similipoulet des jours de la semaine? Voyons donc, on est plus en l’an 2000.

J’ai été inondé toute la semaine de pubs de TV en spécial sur la cyberpresse.

Vous en avez donc ben besoin de télévision! Pour écouter quoi? Discussion avec mes parents? Avez-vous vraiment besoin du 4k pour ça?

On achète n’importe quoi qui est en spécial.

– Eille check ça, je me suis acheté une raquette de squash

– Tu joues au squash?

– Non, mais elle était à 30% de rabais.

– Bachi-bouzouk, ectoplasme, moule à gaufres en rabais chez Stokes!

Quand tu économises 20$ sur une raquette de squash à 100$ que tu te serviras jamais, tu viens toujours ben de sacrer 80$ dans le feu!

Et si tu as le malheur de cliquer sur un produit inutile. On t’inonde encore plus de pub du même produit inutile. Je suis envahi de pubs de préparation H. Ça suffit! J’ai compris le message!

J’ai tellement vu des affaires pas rapport cette semaine.

Un couteau à rosbif électrique Bluetooth Ricardo à 19.99$

J’en veux!

Un ensemble de fourchettes à escargots wifi 79.99$

Ça me l’faut!

Des billets pour le Slava Snowshow, 119.99$.

Le meilleur deal que j’ai jamais vu de mâââââââ vie.

Des billets pour le Slava Snowshow! Un clown qui se perd dans une tempête de confettis. Une métaphore de l’homme moderne happé par la société de consommation qui a perdu le contrôle de la déchiqueteuse qu’il a acheté en spécial chez Bureau en gros.

Les gens sont rendus tellement conditionnés, que c’est grisant d’avoir eu un rabais. Ils sont sur l’adrénaline d’avoir eu un bon deal, comme s’ils avaient réussi à déjouer le système. Eille chose, t’as pas déjoué le système, tu es le système. Pis c’est pas toi le moteur. Toi t’es le combustible. Le système te siphonne le libre arbitre jusqu’à la dernière goutte.

Le pire, c’est que oui, des fois il y en a des aubaines pour des choses utiles. Mais faut être vite. Faut que tu te garroches à la Place Versaille pour acheter les bottes d’hiver à 50% de rabais pour tes enfants. Tu fais la file avec les autres moutons, et t’arrives au rack de bottes. Y’ont juste des 13 pour hommes.Des bottes tellement grandes que Jeanne-Mance Cormier pourrait s’en faire une résidence secondaire.

Fait que t’achète les autres pas en spécial à côté. Pourquoi y’en prennent pas plus des tailles que tout le monde a des pieds qui fittent avec, pis moins des tailles pour Laurent Duvernay Tardif? 

Pour pouvoir nous vendre celle pas en spécial, maudit cave. Ils savent que tu ne passeras pas l’hiver en gougoune.

Pis le pire dans tout ça, c’est que le Black Friday, c’est encore un concept américain. Ça vient des États-Unis, comme les wokes, les gangs de rues pis le shamwow. C’est une tradition de l’Action de grâce américaine.

Pis les dindons de la farce dans tout ça, ben c’est nous.

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