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Fermer les écoles pour un peu de neige: la peur d’avoir peur

Les écoles sont fermées. Pourquoi?

Eau potable contaminée au plomb? Non, ça c’est correct.

Pénurie d’enseignants? Non, ça ce n’est pas grave.

Éclosion d’un virus mortel qui tue du monde? Pff, y’a rien là.

Y’est tombé 25 cm de neige? Ding ding ding! Bonne réponse!

25 centimètres. Vous savez c’est combien de neige ça, 25 centimètres? C’est à peine 0,25 mètre. 0,00025 kilomètre. C’est quoi la différence entre ça et rien? Il n’y en a pas!

Moi dans mon temps, on allait à l’école en ski de fond traîné par des chevaux en raquette de babiche en conduisant avec une ponce de gin entre les deux jambes pour se réchauffer. On n’était pas des snowflakes wokes.

Des snowflakes. Qui ont peur des flocons de neige. Ça s’invente pas.

On a peur de toute asteure. Ça va être quoi la prochaine affaire? On va avoir peur du vent? On va dire que le vent c’est des micro-agressions ! “Ah mon dieu, mon brushing”

Quand j’ai lu que l’école de mes enfants était fermée, j’ai regardé par la vitre, pis vous savez ce que j’ai vu?

Toute. J’ai tout vu. Parce que ma vitre n’était même pas un jardin de givre. Je voyais toute, pis y’avait rien.

Juste un mince linceul blanc qui couvrait notre détermination à combattre l’hiver.

Mais les commissions scolaires ont dit: ouh lala, oh mon dieu, kossé ça, voyons donc, de la neige en hiver. Ayoye. On fait quoi avec ça?!

On ferme. On ferme.

Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver… j’ai tu halluciné ça moi coudonc? Y’a neigé 25 cm pendant la nuit, pis on peut pu sortir de chez nous.

“Ah, mais ça continuait de tomber.”

Je sais, je l’ai lu dans le journal. Un des titres les plus absurdes que j’ai vu après le titre “François Legault est maintenant sur TikTok”.

Ça disait: “Tempête hivernale: encore 10 cm de neige pour mardi”. Tempête hivernale? Dix centimètres?

Dix centimètres de neige, ce n’est pas une tempête, c’est à peine la hauteur de trois délicieux cheeseburgers A&W.

Coudonc, on est-tu au Texas? On est-tu à Toronto? Va-tu falloir appeler l’armée avec leurs tites pelles? On ne s’attendait pas à ça, de la neige en hiver au Québec? On se trouva fort dépourvu, quand la bise fut venue?

Qu’est-ce qu’on faisait avant la tempête? On chantait? Et bien, dansez maintenant! Mais dansez en dedans. Parce que tsé, danser dans neige, c’est dangereux. On pourrait glisser pis se faire mal.

On va se dire les vraies affaires là, on est entre nous, la seule raison pourquoi les écoles ont fermé, c’est parce qu’elles ont une clause dans leur contrat qui prévoit que l’école ferme deux jours pour cause de neige. Et là, on n’en avait pas eu de neige, alors ils ont sauté sur l’occasion.

Vite, faut écouler nos journées de neige.

C’est absurde, mais on se pose pas de question. Pourquoi? Parce que c’est comme ça. Ç’a toujours été de même. C’est de même que ça marche. J’ai presque envie de dire le mot paradigme, mais je vais me retenir. Je ne voudrais pas choquer les gens qui nous écoutent.

Vous savez qui ne posait pas de question aussi?

Les dinosaures. Les dinosaures, en regardant la comète qui s’en venait s’éffouarer sur la terre.

Y mangeaient leurs feuilles géantes dans leurs bouches géantes sans se douter qu’ils allaient mourir dans d’atroces souffrances.

Y a-t-il un trou dans le pôle Nord
Combien de rêves avant l’aurore.
Où sont allés les dinosaures?

Sont morts de s’être jamais posé de question!

C’est ça qui nous guette si on continue à agir comme des automates. Parlant d’automate, pourquoi personne ne s’est jamais indigné que dans Starmania, Luc Plamondon fasse rimer «automate» avec «tomates»? Pourquoi?

Parce qu’on. Se pose. Pu. De. Questions.

Saviez-vous que Soljenitsyne disait dans l’Archipel du goulag: “Quand on est mort, c’est pour longtemps.”? Moi non plus. Je ne l’ai jamais lu. Je n’ai pas eu le temps, fallait que je déneige mon entrée. En Sibérie, au goulag, prisonnier politique, dans neige, je peux comprendre qu’on soit mort en dedans. Mais sur l’archipel de Montréal? Paralysé par quelques flocons épars?

Me niaisez-vous?

Le pire dans tout ça, c’est que nos enfants sont restés à maison pendant la tempête dans un verre d’eau à moitié plein, à ne rien faire. Rien. Faire.

Câline hein, ça aurait été pratique si on avait eu des moyens de faire l’école à distance. Tsé des ordinateurs, des internets, des caméras, des zooms… Dommage qu’on ne soit pas rompus aux technologies modernes de l’école à distance pour se virer de bord dans ce genre de situation. Sérieux.

Dans notre Guantanamo pandémique, y’a juste une bonne chose, c’est qu’on s’est amélioré en matière d’école à distance. Mais après un an, pas capable de se virer de bord pour donner des cours un jour de neige. Pas assez importante, l’éducation de nos enfants. Ça fait qu’on les garde en dedans pis on les plogue devant la Reine des neiges.

Y peuvent même pas sortir dehors faire des igloos, c’est de l’appropriation culturelle!

D’ailleurs, Louis-Jacques Dorais, dans l’ouvrage The Language of the Inuit, retient 25 termes de base liés à la neige, parmi lesquels « matsaaq » (neige à moitié fondue au sol), « aumannaq » (neige au sol sur le point de fondre), « illusaq » (neige parfaite pour construire un igloo) et « j’tentabaslaque » (petite neige niaiseuse qui force la fermeture des écoles).

Moi je dis qu’on a beaucoup à apprendre de ce peuple-là.

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