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Hommage aux morts: les bons sentiments en spectacle

« Un grand homme vient de nous quitter ».

« Je n’ai que de bons souvenirs au sujet de cet artiste ».

« Elle laisse un grand vide dans notre paysage culturel ».

Non, ceci n’est pas un billet emo. Je laisse ça à Marina Orsini et à David Goudreault.

Non, ce sont des citations de gens qui font un spectacle de leurs condoléances sur les réseaux sociaux. Belle gang de profiteurs!

Ils tirent tous le linceul de leur bord pour s’en faire un drapeau! Regardez-moi comment je suis sensible! Des gens qui ont mis en scène leur tristesse de voir quelqu’un mourir pour montrer qu’ils sont donc bien empathiques.

« Ben là, ça ne fait pas de mal à personne, transmettre ses sympathies ».

Euh, d’abord mon p’tit jambonneau, sympathies, c’est un anglicisme. Un anglicisme comme “tu es cancellé” pis “fuck you”.

Ensuite, ta petite pépeine simulée, elle enlève du poids, aux vraies condoléances. Mettons que tu es chez vous en train de faire des toasts au beurre de pinotte, ou mieux, au p’tit crémeux, ce délicieux fromage à tartiner. Tu fais ta toast. Tu entends à la radio le décès d’une personnalité publique. Vite! D’une main, tu t’enfiles la toast dans la yeule, et de l’autre, tu enfourches ton téléphone pour tweeter « R.I.P. ma chanteuse préférée, je suis bouleversé par sa mort ». Et là, tu poursuis ta route, avec du p’tit crémeux qui te coule à la commissure des lèvres.

Mais la soeur mettons, de ta “chanteuse préférée”, ben mon chum, elle elle a de la vraie peine. C’est du mascara qu’elle a à la commissure des lèvres tellement elle a braillé. Mais toi, tu récoltes des likes avec ta sympathie à cinq cennes.

On ne peut pas laisser tout le monde instrumentaliser la mort d’une personnalité publique à tort et à travers comme ça. C’est une vraie de vraie mort ; pas un sketch d’ouverture à Prière de ne pas envoyer de fleurs !

Il y a une gradation à avoir. Il y a une échelle de la sympathie…

Le monde qui chaque fois que quelqu’un meurt, a besoin de se mettre au-devant, ça me pue au nez!

« Ah, mais je ne fais pas ça pour me mettre au-devant »

Ah non? Pourquoi alors tu as publié une photo du mort, avec toi dessus?

“Regardez comme je suis exceptionnel, moi je l’ai déjà rencontré en 1988 dans un restaurant”.

“Moi je lui ai déjà parlé deux minutes après son spectacle à Drummondville quand j’étais petit.”

“Moi, c’est grâce à elle que je suis devenue la chanteuse que je suis.”

Moi moi moi moi moi.

Je m’en tamponne le pédoncule!

Toi toi toi toi.

Je m’en bats le bulbe!

Et non, ce n’est pas grâce à elle que tu es devenue chanteuse. C’est grâce à ta prof de chant qui t’a encouragé à persévérer même si tu faussais comme une canisse.

Et c’est pas juste cette appropriation de la mort de quelqu’un qui me scandalise. C’est l’urgence que vous mettez à le faire. À être le premier à être triste. Vite vite ! Donnez-moi ma juste part du 21 grammes de cette âme qui s’évapore! Je m’ennuie de l’époque où on honorait respectueusement la mémoire de nos disparus en mettant leur signet funéraire sur la porte du frigo.

Vous existez même si vous n’avez pas d’opinion sur un mort. Ce n’est pas grave, ça se peut! Là, c’est pu un geste de bienveillance, c’est un exercice de relations publiques!

Ce n’est pas pour rien que les politiciens rendent tous hommage aux morts. Pas le choix. Si ton adversaire politique rend hommage à un défunt, il faut tu fasses pareil. Belle gang de moutons. C’est eux qui nous dirigent! Y nous dirigent dans l’précipice, oui!

Le pire, c’est quand le monde se garroche pour rendre hommage à un mort… mais qu’il n’est pas mort finalement. Parlez-en à Pat Burns ou Gabriel Garcia Marquez.

Enweillez, parlez-leur! Enweillez. Ils sont morts deux fois sur Twitter! Chronique d’une mort annoncée trop souvent! C’est déjà assez difficile de mourir une fois, faites leur pas passer à travers ça une autre fois!

Mais au-delà de tout ça, avez-vous pensé que peut-être que la famille voulait vivre son deuil dans l’intimité? Ça ne vous tente pas de leur laisser une couple de minutes avant d’être ensevelies par vos bons sentiments? Engloutis par votre vertu? Noyés dans le marécage de vos larmes de crocodile ?

Tsé… si c’est pour eux que vous faites ça. Ça me surprendrait. Mais si c’est pour eux… Pensez-y.

Parce que sinon, ça donne presque l’impression que la seule personne à qui vous faites du bien, c’est vous. En tout cas, ça ne fait pas du bien au mort certain. Selon un calcul que j’ai effectué sous la supervision de la firme Deloitte et Touche. 100% des personnes décédées, s’en sacrent ben raide de votre sympathie.

À moins que vous croyiez au paradis, pis que vous croyez qu’ils ont twitté au paradis. Et que vous espérez devenir chummy avec le défunt rendu au ciel pour manger des bagels avec lui et Sophie Faucher.

Et c’est encore pire quand on sent que ce n’est pas sincère. Que c’est pour le show. « Ah, on vient de perdre un grand artiste »… ce grand artiste que tout le monde trouvait ringard y’a trois mois. Ah, il a fait beaucoup pour notre nation…

Hypocrite!

Fourbe!

Tartuffe!

Vous les pleureuses qui font un spectacle de leur prétendue tristesse, je promets de ne jamais vous rendre hommage quand vous allez mourir. Repose en paix. Repose, épais.

Thoughts and prayers la gang.

1 comment

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