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Le jour de la marmotte: la science déjouée par le cycle infernal de la nouvelle

On est encore tombé dans un piège. Le piège de la machine infernale de l’actualité qu’il faut nourrir sans cesse.

Ça tourne, ça tourne, ça tourne juste qu’à nous donner mal au coeur. Et quand il n’y a plus rien à dire, on nous met des vidéos de panda tout mignon qui jouent dans la neige ou d’un bébé qui est donc cute avec ses petites grimaces.

Ou pire, on nous impose des affaires comme le jour de la marmotte.

Et là je ne parle pas du film avec Bill Murray. Un film que j’ai revu récemment et qui n’est même pas si bon que ça. Honnêtement, j’ai trouvé ça répétitif. Zéro étoile!

Non, je parle du jour de la marmotte, ce pseudoévénement où des gens avec des chapeaux hauts de forme observent une marmotte sortir de son trou et nous annoncent que le printemps s’en vient, ou pas, selon qu’elle voit son ombre, ou pas.

Êtes-vous débile!?

À l’ère du facteur éolien et de la température ressentie, vous vous fiez à un chien de prairie obèse pour nous parler du climat? 7000 ans de civilisation, qui nous ont donné des outils formidables comme le baromètre, l’anémomètre et Colette Provencher, et vous nous sortez un siffleux!

Imaginez comment Pascal Yakouvakis doit se sentir. Le gars s’est déjà fait comparer à un poisson par Patrice Roy, et là, il se fait voler la vedette par le cousin poilu du cochon!

Même Radio-Canada a fait une nouvelle avec ça. Radio-Canada! C’était écrit: « Consensus chez les marmottes canadiennes »

Effectivement qu’on s’en suce! On s’en suce le beigne, comme dirait Marie-Chantal Toupin.

Parce que oui, c’est une tradition américaine, mais il y a des marmottes canadiennes. Allo l’américanisation mentale! Bonjour la colonisation hollywoodienne!

Y’a du monde qui on dit: « eille, ça marche bien ça, la marmotte de Pennsylvanie, ça fonctionne bien son affaire, on va se partir une marmotte nous aussi! »

Il y en a même une en Gaspésie. À Val-d’Espoir. Val D’espoir. Voyons donc, c’te nom-là.

Ils auraient dû appeler ça Val-d’on-nous-prend-tu-pour-des-caves!

Parce que vous savez ce qu’elles ont en commun ces marmottes-là? Elles sont toutes poches à prédire l’arrivée du printemps. Selon une étude du Service météorologique du Canada menée sur 40 ans, leurs prédictions sont bonnes 37 % du temps. La marmotte est plus poche que le hasard. Faut le faire.

Mais ça ne me surprend pas de cette petite bête-là. Parce qu’honnêtement là, elle a quoi la marmotte? Elle a rien. Elle n’a pas des dents qui coupent des arbres comme le castor. Elle a pas des pics comme un hérisson. Elle a pas un bec de canard, ne crache pas du venin, et ne pond pas des oeufs comme l’ornithorynque.

Elle n’a rien de spécial. À-rien.

Même son poil est poche. Personne n’a jamais dit « Regarde mon beau manteau de marmotte ». Personne n’a jamais flatté ou essayé de domestiquer une marmotte !

Un de mes plus beaux souvenirs de jeunesse au chalet de mes grands-parents au Lac St-Jean, c’est quand mon grand-père avait sorti sa carabine pour occire une marmotte qui mangeait les laitues de son jardin. POW. Entre les deux yeux.

En plus, la marmotte est cæcotrophe. Vous ne savez pas ce que ça veut dire, j’imagine? Vous ne savez pas? On est rendus incultes! Maudite réforme.

Cæcotrophe, ça veut dire que la marmotte, elle digère deux fois ses aliments. Ça veut dire qu’elle mange ses propres selles. On laisse décider de l’arrivée du printemps à une bebitte qui mange ses petits besoins!

Comme dirait Pierre-Yves McSween, en as-tu vraiment petit besoin? Pis le pire, c’est que ça, c’est la seule chose qui est digne d’intérêt à son sujet. Pas pour rien que Jean de Lafontaine n’a jamais écrit une fable sur la marmotte. Jamais. Ça ne peut pas être le phénix des hôtes de ces bois, un siffleux.

Il n’y a rien à dire sur les marmottes. Elles n’ont pas de personnalité. Elles sont plates plates plates, pis pas juste quand elles sont effouarées sur le bord de l’autoroute. Elle n’a rien pour elle je vous dit. On n’utilise pas sa fourrure, on ne peut pas faire du cheval dessus, et on ne la mange pas. Sauf en Mongolie. Y’en mangent là-bas. En Mongolie.

C’est pire que croire à l’astrologie tout ça. C’est pire que de croire à des théories du complot. Mais nos médias embarquent là-dedans. Ils reçoivent un communiqué: Phil, la marmotte de Punxsutawney prédit un printemps hâtif.

Et là, le chef de pupitre dit à la stagiaire au Web, eille, Léa-Jade, j’ai un gros dossier pour toi, on vient d’avoir le résultat de la marmotte de Punxsutawney. Vite avant qu’on se fasse scooper! Et là, Léa-Jade elle fait son article: Consensus chez les marmottes canadiennes. Et là, tout le monde s’en sacre.

Pour qui ils font ça? Qui lit ça? Qui ça intéresse?

Personne.

Personne.

Et personne.

On est pris dans le cycle infernal de la nouvelle. L’engrenage de l’actualité. On n’arrête pas pour y penser: eille, la marmotte, ça nous intéresse tu ça? Non, on reçoit ça pis on se pose pas de question. Et au final, tout ce que ça fait c’est faire vivre l’industrie du t-shirt avec une marmotte dessus à Punxsutawney. Maudit qu’on est épais.

Je rêve qu’un jour on dénonce cette fraude monumentale au grand jour. Les décrypteurs, faites votre job! Il faut que la marmotte se retrouve les culottes à terre.

Comme disait un de nos grands penseurs: Une marmotte? Pas d’culotte. C’est à ça qu’il faut aspirer.

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