Noël en novembre: la surconsommation dans le troufignon

Bon. Il faut qu’on se parle d’un mal qui arrive de plus en plus tôt chaque année. Pas de la pub de la mycose des ongles. Non. Je vais vous faire un petit témoignage.

Le lundi 1er novembre, à 9h45 du matin, je me dirige innocemment chez mon quincailler de quartier dans le but de me procurer une barre à clous, du duck tape pis un bidon d’essence.

J’ouvre la porte de mon quincailler. Qu’est-ce que je vois? Des tournevis? Des scies sauteuses? Des manches de pelles?

Non.

Un sapin de Noël. Le roi des forêts… dans l’allée des tondeuses à gazon.

Le 1er novembre. À 9h45.

Pas le 2 novembre.

Le 1er novembre. À 9h45.

Ça, c’est le lendemain du 31 octobre.

Les écureuils n’avaient même pas encore fini de manger ma citrouille que les marchands du temple ont sorti leurs cossins de Noël. La semaine passée j’étais fâché contre l’Halloween, et cette semaine je suis déjà fâché contre Noël!

C’est pas normal ça! Donnez-moi un break!

“C’est peut-être juste que t’as besoin d’un cours de gestion de la colère”

Ta*@$#%.

Câ@&%*.

Est*!@#$.

Je sais pas ce qui me retient de vous écrapoutre mon bas de Noël dans le p’tit Jésus. Non, mais sérieusement. Deux mois d’avance pour préparer Noël. Qu’est-ce qui est long de même?

Faites-vous votre propre pain d’épice avant de le couper en p’tits bonhommes ?

Plantez vous votre propre sapin avant de le décorer ?

Partez-vous de Nazareth pour aller porter bébé Jésus à Bethléem ?

Deux mois d’avance!

Il me semble que c’est précoce. Vous savez qui était précoce aussi? Oussama Ben Laden. C’est pour ça qu’il a eu 24 enfants! Autant d’enfants que de p’tits chocolats dans le calendrier de l’Avent que vous avez acheté un mois trop tôt. Je n’en peux, moi, plus des petits Ben Laden au nez rouge qui nous terrorisent avec Noël pendant deux mois.

Y’a douze mois dans une année, on en perd deux au complet à organiser le temps des fêtes. En fait, c’est rendu qu’y’a pas un moment dans l’année où on est pas en train de préparer une fête.

La Saint-Valentin, ça commence le 2 janvier. On nous sort les chocolats de Pâques en février, la crème solaire en avril, les articles scolaires en juillet, pis l’Halloween en août. Et que dire de la Chandeleur!

Non, dites rien. Je veux pas en entendre parler.

Partout où on entre, il faut qu’il y ait des affaires de Noël, pour être sûr qu’on n’oublie pas d’en acheter, des affaires de Noël. Pas moyen d’aller acheter des suppositoires sans qu’on essaie de nous rentrer aussi une canne en bonbon dans l’péteux. On se fait entuber de tous bords tous côtés!

Tout le monde se donne le mot pour rendre hommage à la surconsommation. Partout où tu vas, les sapins sont sortis, les crèches sont exposées pis les boules sont à l’air.

Tout ça contrôlé par le perfide lobby de la guirlande pis la fourbe industrie de la couronne faite main avec des vignes réutilisables. Ils nous partent ça deux mois d’avance pour nous vendre plus de cochonneries trop cher. Des gratteux de ptits prix? Mon oeil!

Et dire que ça fait des années qu’on nous dit de nous protéger contre une fantasmagorique guerre à Noël parce que les ptits gâteaux Vachon appellent leur bûche de Noël une bûche des fêtes. Mais ça, ç’a juste été inventé par les réactionnaires conservateurs pour jouer à la victime d’une autre terrible chose que nous amène le progrès. La laïcité.

Mais ce sont des sornettes. Des balivernes. Des calembredaines pour nous divertir des vrais enjeux comme l’hégémonie capitaliste néo-libérale.

Moi je vais vous en partir une vraie, guerre à Noël. Pas pour rien que je me suis acheté une barre à clous, du duck tape pis un bidon d’essence. Ça va tirer de partout. Tac-a-tac-a-tac-a-tac. C’est le temps d’occire Noël! Je vais l’avoir mon panache de petit renne au nez rouge au-dessus de mon foyer.

C’est peut-être le meilleur moyen de sauver l’humanité. On arrête d’acheter des gréments pour nos arbres pis des lumières pour nos maisons. On arrête de s’acheter des foulards qu’on ne portera pas et des casse-tête qu’on ne fera jamais !

Parce que le papier d’emballage, c’est aussi le linceul de notre chère planète Terre, de sa faune magnifique et de sa majestueuse flore. On déballe les cadeaux, on sacre le papier aux vidanges, ça se ramasse dans l’fleuve, pis les bébés bélugas s’étouffent avec.

Vous avez du sang de bébés bélugas tout mignons sur les mains!

Et qu’on arrête aussi de couper des sapins juste pour le fun. Allo! La déforestation, c’est pas juste Kruger pis Résolu. C’est aussi le petit Émile, 10 ans, qui veut absolument un vrai sapin dans sa maison.

Tueur d’arbres en série, à 10 ans.

10 ans!

Qu’est-ce qu’on fait à nos enfants!

Papa Noël lui? Aux vidanges! Die petit papa noël, die. À bas le patriarcat. Libérez les lutins qui font des heures supplémentaire obligatoire!

J’aimais ben mieux l’époque de la Grande Noirceur que l’époque du Black Friday. Je m’ennuie du bon vieux temps où on avait des oranges dans nos bas de Noël, qu’on pouvait conduire saoul en revenant du réveillon, pis que les mononcs cochons n’avaient pas peur du #metoo. Oui, c’était de la marde ce temps-là, mais au moins Costco essayait pas de nous passer un sapin artificiel au mois d’août.

“Ouais, mais ça fait partie de notre culture, la Noël”

La culture, justement. Juste cette semaine: Véro a sorti son magazine de Noël, Mariah Carey et Coeur de Pirate ont lancé leur nouvelle toune de Noël pis Netflix a sorti ses films des fêtes. Voyons donc!

Manque pu rien que Maryse Letarte.

T’es où Maryse?

Allo Maryse, t’es en retard!

Pis le pire dans tout ça, c’est que vous allez magasiner vos chandails laids pis vos bonhommes de neige gonflable pis la PAF, François Legault va nous annuler ça, comme l’année passée.

On se revoit à la Saint-Valentin ma gang de taouins! All I want for Christmas, c’est la sainte Paix.

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