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Stade au centre-ville: je leur pisse à la Rays

Bonsoir, je suis parti!

…je suis parti pour mourir jeune en cacarslaque à cause de toutes les absurdités que me fait vivre le déclin pathétique de notre civilisation.

Vous avez-vu le nouveau coup fourré des architectes de notre indécence chronique?

Un stade de baseball, payé avec nos taxes. Vous avez entendu parler de ça?

Le stade de baseball… payé avec nos taxes?

Nenon, pas LE stade. Un autre stade de baseball payé avec nos taxes!

Et quand je dis nos taxes, je parle de mes taxes, plus précisément.

Et vous savez quoi? Je suis d’accord avec ça moi. J’aime ça le baseball. J’aime ça les stades. J’aime ça payer des taxes.

Je n’ai pas une cenne dans les paradis fiscaux moi. Je suis vierge des îles vierges.

Trop cave pour faire de l’évasion fiscale moi là. Je me le dis souvent: “J’suis donc ben cave moi.”

Un qui est plus intelligent que moi par contre, c’est le multimillionnaire Stephen Bronfman. Monsieur veut se faire payer un stade par les contribuables pour pouvoir accueillir une équipe de balle à temps partiel au centre-ville de Montréal.

La moutarde baseball me monte au nez quand j’entends ça!

Un stade, ça coûte autour de 500 millions US à construire. Et ça, c’était avant l’augmentation du prix des 2 par 4. On doit être plus proche du milliard aujourd’hui.

Ça fait 3 milliards en argent canadien.

TROIS MILLIARDS.

Pis on donnerait ça à Stephen Bronfman gratis. Tiens, prends-le, mon gars.

Ça y tente pas de faire comme tout le monde qui a besoin de financement?  Se partir un gofundme ou vendre des palettes de chocolat?

Moi j’aime ça le baseball, mais quand je vois ça, je pense à tous ceux à qui on ne pense jamais.

À toi, l’octogénaire philatéliste.

À toi, le Bas-du-Fleuvien passionné de pelote basque.

À toi l’instagrameuse amateur de yoga chaud.

Peut-être que ça ne vous intéresse pas vous le baseball. 

Vous aimeriez ça que vos taxes servent plutôt à payer un stade de yoga chaud. Mais non. Vous l’aurez pas.

Parce que tout l’argent va aller à des joueurs de balle obèses qui crachent à terre en se replaçant le support athlétique..

C’est ça, le choix de société qu’on veut faire. Bravo. On a les projets de société qu’on mérite.

Je regarde ça et je pense aux enfants qui ne déjeunent pas le matin.

Je pense aux vieux qui meurent dans leur pipi au CHSLD.

Je pense aux bélugas.

Y pensez-vous, aux bélugas?

Ben non! 

On dirait que notre jugement est resté pogné dans le canal de Suez.

Moi je donnerais cet argent-là aux profs. Pourquoi aux profs? Pour me faire aimer du marché des profs. C’est comme ça que ça fonctionne, l’industrie de l’opinion. Faut conquérir des marchés!

Mine de rien, depuis le début de cette chronique, j’ai réussi à rallier les amateurs de pelote basque, les philatélistes et le lobby du yoga chaud.

Pas pire hein?

Et les profs, je leur donnerais l’argent, parce que si on éduque nos enfants comme du monde, ils ne seront pas assez niaiseux pour construire des stades vides dans le futur.

J’ai fait le calcul, et avec trois milliards, on pourrait donner à chaque petit québécois deux rouli-roulants, une boîte à musique, une montgolfière, le livre de Pierre-Yves McSween, un jaccuzi, une fermette, un four à panini, un abonnement pour recevoir une bobette par mois et un laminé du Chat noir de Toulouse Lautrec.

Tout ce dont tu as besoin pour partir dans vie.

Mais non. C’pas ça qu’on va faire. On va essayer de faire revivre le baseball pour les nostalgiques de Delino Deshield et d’Andres Galarraga. J’en suis par ailleurs.

Mais moi, j’ai vu les ravages que le Centre Vidéotron a occasionnés à Québec.

Pensez-vous que ça va bien avec leur confiance en eux, les gens de la Nordiques Nation? Nos libertariens qui sont allés quêter des subventions pour faire construire un amphithéâtre avec rien dedans. RIEN!

Ils voient ça tous les jours en allant travailler, comme un hommage au triomphe de leur bêtise. Quelle honte.

Comme disait Gabriel Garcia Marquez, “La vergüenza tiene mala memoria.”

La honte a mauvaise mémoire. Sauf quand elle a l’air d’un détecteur de fumée géant au milieu de la ville j’imagine.

Très difficile de l’oublier dans ce temps-là!

Avec un gros détecteur de fumée de même, y’ont même pas vu que tout ça n’était qu’une fumisterie. Pourquoi vous pensez qu’ils sont si souvent de mauvaise humeur à Québec? Même de voir le maire Labeaume faire du bécique à pédale ça les met en sacrament. C’est pas normal!

« Oui, mais pense aux retombées économiques »

Ah ben oui ! Parce qu’évidemment ça va ruisseler vers le bas ! Les philatélistes octogénaires vont en bénéficier des retombées. Ruisseler comme la sueur sur le front de nos futurs joueurs de baseball. Ah non? On m’indique qu’ils ne bougeront pas assez pour suer, les gros lards millionnaires qui chiquent du tabac.

Socialiser les pertes et privatiser les profits, c’est juste ça qui va arriver.

On ne fera pas une cenne avec ça.

On n’a même pas de garantie d’avoir une équipe.

Pis si on en a une, elle serait en garde partagée.

Une équipe en garde partagée.

Avez-vous déjà vu ça?

Non hein?

C’est parce que ça n’existe pas.

Voyons donc, construire un stade pour une moitié d’équipe.

En garde partagée, ça veut-tu dire qu’il va falloir aller chercher les joueurs à mi-chemin, au Delaware, un weekend sur deux? Au Delaware, sacrafasse!

Pis leur verser une pension alimentaire?

Personne ne va sortir gagnant de ça. Sauf Anne-France Goldwater, encore une fois. Comme dans son procès Lola contre Pete Béliveau.

Pis en plus, une équipe en garde partagée, elle s’appellerait sûrement pas les Expos. On perdrait ce nom-là. Ils n’auraient pas non plus un nom à la mode, comme Club de baseball Montréal.

Ils continueraient de s’appeler les Rays.

Ben moi je leur pisse à la Rays.

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